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Il est certain que le fait de naître à
Fécamp a déposé en Jacques SELLE, la précieuse
faculté d'aimer et de transposer la beauté tant sa peinture
est non seulement admirable, mais d'une vitalité et d'une qualité
rarement observées chez un artiste, même de talent. André Ruellan Espaces mouvants Entre abstraction lyrique et figuration libre, l’univers de Jacques Selle n’a de cesse d’explorer l’espace et la vie intérieure de l’homme. Pour lui, le plaisir de la couleur s’accompagne d’une quête de sens. A l’appréhension du cosmos s’ajoute une dimension métaphysique, ouvrant le regard sur un imaginaire nourri d’innombrables voyages et de spéculation philosophique. Oscillant entre une abstraction vaporeuse et de biens singuliers portraits, quelque fois caricaturaux, l’univers de ce personnage ne se laisse pas, il est vrai, emprisonner dans une formule. Chez lui, la recherche de sens est préalable à toute démarche plastique. Ayant voyagé à travers le monde – il avoue avoir parcouru la planète – l’homme s’est imprégné de ce qu’il découvrait, faisant renaître sur la toile ou le papier des impressions glanées entre la terre et l’eau, entre l’air et le feu, éléments que l’on retrouve parfois intiment mêlés dans son travail et que la couleur seule permet d’identifier tant la fusion se fait ténue. Avant de rejoindre sa normandie natale, Jacques Selle habitait Paris, dans le quartier du Marais, il possédait un atelier à la Bastille. Longtemps impliqué dans des missions socio-économiques, jacques Selle a parcouru bien des pays en voie de développement et visité des sites aussi mythiques que la cordillère des Andes et la Terre de Feu. En tant que navigateur de plaisance, il a eu par ailleurs l’occasion d’affronter l’océan en navigation hauturière, rien d’étonnant pour ce Fécampois d’origine qui fût dès son plus jeune âge, bercé par la vigueur bienfaisante des embruns. C’est pourquoi les espaces maritimes, qui ouvrent à la pensée un champ pratiquement infini, tiennent une place si particulière dans son itinéraire de peintre qui commença par une rencontre. Jacques Selle fit en effet partie d’un groupe de recherche qui, revendiquaient l’expression libre, tentait à sa manière d’approcher la modernité. Ayant vite agréé au sein de cet aréopage, il fut amené à y croiser des gens venus de tous les horizons intellectuels. Refusant la facilité, il prépare ses
couleurs lui-même à la manière d’un alchimiste.
Très friand de musique russe (Moussorgsky, Borodine, Stravinsky,
Scriabine figurent parmi ses compositeurs préférés),
il revendique dans sa recherche une certaine part de mysticisme. Sa
démarche de pensée pourrait tenir dans cette formule :
« il n’y a pas, affirme-t-il, de distinction entre la forme
utile et la forme dans son essence » ; passant aussi bien du pastel
vernissé à l’encre, de la figuration au mouvement
de l’expression de la douleur à une plongée sensuelle
dans le cosmos, Jacques Selle a tendance à revenir vers un certain
« minimalisme » qui lui tenait à cœur. Quelques–uns
de ses titres sont de véritables programmes : Mirage du Sud,
Littoral, Profondeur maritime. Parfois, le plaisir de la composition
l’emporte sur le plaisir de la couleur, comme cela semble être
le cas dans une série d’œuvres consacrées aux
attitudes humaines. Mais il arrive aussi que le ton se fasse plus grave
pour dénoncer l’angoisse et l’interrogation qui étreignent
l’homme universel. Chez Jacques Selle, peintre assoiffé
de grèves et de paysages minéraux, la figure de l’oiseau
revient de temps en temps hanter l’espace intérieur du
tableau. Chez Jacques Selle, l’effusion de la couleur procure au spectateur une étrange sensation de mouvement et ses grandes nébuleuses nous projettent hors du temps ordinaire, là où l’esprit retrouve l’inaltérable liberté des éléments immémoriaux. Luis PORQUET Le moment de la rencontre avec un créateur est souvent marqué de ce mélange indéfinissable, de part et d'autre, d'une retenue et d'une certitude qu'il se passera quelque chose. Une visite d'atelier est l'exacerbation de ce sentiment. Les yeux captent d'un mouvement rapide le lieu. Dans le vestibule d'entrée, sur un chevalet, une toile puissante évoquant une peinture rupestre par cette forme de taureau où le noir, le rouge, le marron couleur terre, vous incite a y revenir tandis que le peintre résolument vous emmène dans la pièce voisine. Vous savez que vous y reviendrez, d'autant que d'autres grands formats reposent les uns sur les autres contre le mur et que dans l’ébauche d’un escalier d'autres peintures plus figuratives vous informent, sans que vous le sachiez, que déjà suggestion ou affirmation des formes caractérise cette production artistique. Dialectique des bleus, des rouges, des formes, des non formes sont au service de ce monde de sensations premières oubliées enfouies de chacun de nous. Ces sensations qui nous émeuvent, on ne sait trop comment, cheminent en nous pour en débusquer l'écho d'un monde intérieur, au gré de nos propres expériences passées. Sans vouloir forcer sur le thème des paradoxes de cette peinture, un érudit pourrait discourir quant à l'emploi de la matière : pigments naturels liants acrylique, huile, pour cette dialectique. Il nous ferait remarquer les tentatives d'effet de relief par l'épaisseur de touches superposées. Et Jacques SELLE de dire qu'il aurait aimé faire de la sculpture. Monde pulsionnel. Deux couleurs prédominent, le bleu et le rouge pourpre. Touches blanches ou noires, puis une palette plus étendue ne sont là que pour renforcer la dialectique de ces deux couleurs. Le pas tout a fait figuratif ou l'abstrait sont au service de ces deux mondes chromatiques. Et si le figuratif par moment est présent, il évoque peut-être l'exercice passé, mais en fait, nous donne des clefs de compréhension. Bien sûr, le bleu de la mer qui se perd dans le ciel, le rouge flamboyant d'une terre de forêt en feu ou d'un volcan qui nous dit que cet homme n'est pas aussi calme qu'il en a l'air. Et si, il s'essaie au portrait, c'est en fin de visite qu'il confie à notre regard un visage d'homme, résolument figuratif, comme taillé dans la matière, à la teinte monochromatique bleue, réalisé sans modèle, ni miroir et qui s’avère un autoportrait. Figure forte, aux vibrations bleues, profondes, peut-être un peu mélancolique. Extrait d'un texte de Jean Marie Bedoret
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